Ce que je voudrais dire à mon chien à la fin du confinement

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Tu ne sais pas ce qu’il s’est passé pendant ces deux derniers mois. Tu ignores pourquoi notre quotidien a changé, pourquoi j’étais plus présente, pourquoi j’étais si souvent en colère ou triste. Tu ne sais pas pourquoi nos habitudes n’en étaient plus, pourquoi on ne se promenait plus comme avant, ni aux mêmes endroits, ni aux mêmes moments, ni pendant la même durée. Ce que tu sais sans doute, en revanche, c’est qu’il y a eu de la tension, beaucoup, beaucoup de tension. 

J’aimerais te dire pardon. Parce que moi, à côté de toi, j’ai été nulle. Encore une fois, je t’ai imposé un nouveau mode de vie, un nouveau rythme. Toi tu t’es adaptée sans rien dire, sans jamais te plaindre, et en plus de ça, tu m’as apporté réconfort et bien-être. Tu m’as reconnectée à la vie. 

Maintenant, on s’apprête à changer de nouveau de rythme, à reprendre plus ou moins nos habitudes d’avant. Pardon, encore une fois, de bouleverser ta routine et l’équilibre dont tu as pourtant tant besoin. 

J’aimerais te dire pardon au nom de toute l’espèce humaine, pour cette drôle de vie qui n’est en fait pas si drôle. Pendant cette période de confinement, je n’ai cessé de penser à toi, à me remettre en question, à me dire que finalement, le confinement, c’était un peu ton quotidien depuis toujours. Non pas parce que tu es enfermée « géographiquement », mais parce que tu es enfermée dans ma vie. Ta vie, c’est la mienne, c’est le cadre que je t’ai donné. C’est ça, ton confinement.

Réveil quand je me réveille. Pipi quand je t’ouvre la porte. Repas quand je le décide et avec ce que je choisis. Voiture. Travail. Dodo. Promenade. Dodo. Promenade. Voiture. Maison. Repas à nouveau. Promenade. Dodo. 

J’en viens à me dire que finalement, tu n’es pas libre. J’ai beau essayé de tout faire pour que tu sois dans un état de bien-être, tu n’es pas libre, parce que tu es enfermée dans ma vie à moi. C’est ça, le destin de l’animal-fonction, l’animal « de compagnie ». C’est triste, non ? 

Evidemment, il y a pire. Il y a des poissons rouges condamnés à passer leur vie à tourner dans leur bocal, des chats qui deviennent dingues enfermés dans des studios, et des chient tellement privés d’exprimer leurs comportements naturels qu’ils finissent par abdiquer. C’est terrible, d’abdiquer. De ne plus avoir la force de lutter. C’est ce qui m’a toujours sidérée chez les chevaux, par exemple. « Rebelle-toi », ai-je toujours eu envie de leur dire. 

Et puis bien sûr, il y a les animaux sauvages détenus en captivité, qui survivent comme ils peuvent dans des conditions qui me rendent encore plus folle aujourd’hui. Si certains parcs zoologiques oeuvrent plutôt correctement, c’est loin d’être une vérité générale. Et maintenant que j’ai été confinée dans des conditions que je qualifierais de luxueuses, je pense sincèrement que je n’aurai plus jamais le courage de regarder un animal en cage. Parce qu’être un « fauve en cage », même dans une cage 5 étoiles, c’est exactement ce que j’ai ressenti. 

Alors maintenant que je t’ai dit ça, qu’est-ce que ça change après tout ? Rien. Rien parce que, j’en suis hélas convaincue, rien ne changera. Tout ce que je peux te promettre, c’est de faire mon maximum pour t’offrir un maximum de liberté à toi, pour te « confiner » le moins possible et t’offrir la possibilité, si importante, de faire tes propres choix. Et puis, je te promets de lutter de toutes mes forces pour ceux qui ne le peuvent pas. 

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